Violences conjugales :  les professionnels de santé en première ligne

Violences conjugales : les professionnels de santé en première ligne

Repérer, accompagner, orienter

Chaque année, les violences conjugales touchent des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants en France. En 2023, 119 personnes ont perdu la vie sous les coups de leur partenaire ou ex-partenaire, soit un décès tous les trois jours (source : MIPROF / Ministère de l’Intérieur). Au-delà de ces drames, plus de 271 000 victimes ont été recensées, dont 85 % de femmes, souvent jeunes et en âge d’avoir des enfants.

Face à cette réalité, les professionnels de santé occupent une place essentielle : celle du premier repérage, du premier mot, du premier geste.
Médecins, sages-femmes, infirmiers, kinésithérapeutes, urgentistes ou pharmaciens sont souvent les premiers témoins de signes de violence, parfois les seuls à pouvoir ouvrir un espace de parole sécurisé.

Lever les tabous, accompagner sans juger

Repérer des violences conjugales n’est pas toujours simple. Les victimes minimisent souvent les faits, par peur, honte ou dépendance affective et économique. Les soignants, eux, se heurtent parfois à leurs propres craintes : peur de mal faire, de « dénoncer à tort », de voir le conjoint violent se retourner contre eux.

Comme le souligne la Dr Amélie Carpentier, urgentiste (Hospimedia, août 2025), « les professionnels de santé doivent être soutenus dans cette démarche : reconnaître les violences, c’est déjà protéger ».

Pour les accompagner, plusieurs outils et dispositifs sont aujourd’hui disponibles : fiches réflexes, formations, protocoles de signalement, numéros d’écoute et partenariats locaux.
Les visites d’attachés d’information menées sur le territoire de Roubaix–Tourcoing ont ainsi permis d’échanger avec de nombreux professionnels de santé sur leurs pratiques, leurs difficultés et leurs besoins. Ces rencontres ont aussi été l’occasion de partager des ressources locales d’orientation et d’accompagnement.

Les enfants et les hommes ?

Si les violences conjugales concernent aussi des hommes et des enfants, il est essentiel de rappeler que les femmes demeurent, très majoritairement, les premières victimes : 81 % des personnes tuées au sein du couple en 2023 étaient des femmes, et 85 % des victimes de violences déclarées sont féminines.
Ce déséquilibre traduit une réalité structurelle, celle d’un rapport de domination encore profondément ancré dans nos sociétés.

Les enfants, souvent témoins directs de ces violences, en subissent eux aussi les conséquences physiques, psychologiques et sociales. Ils grandissent dans un climat de peur et d’insécurité qui peut marquer durablement leur développement.
Reconnaître cette asymétrie n’efface pas la souffrance des hommes victimes, mais permet de nommer les violences pour mieux les prévenir, et de renforcer la mobilisation autour de l’égalité entre les femmes et les hommes, condition indispensable pour faire reculer ces violences.

Une nouvelle loi pour protéger, même sans plainte

Publiée en juillet dernier, la nouvelle loi sur la levée du secret médical autorise désormais un professionnel de santé à signaler des violences conjugales en cas de danger immédiat pour la victime, sans son accord préalable (source : Ministère de la Santé, 2024).
Un guide national, mis en ligne par le ministère de la Santé, détaille les conditions et la démarche à suivre.

Cette évolution majeure du cadre légal soulève des questions éthiques fortes : jusqu’où va la responsabilité du soignant ? Comment concilier le devoir de soin, la confidentialité et la protection de la vie ?
Autant de sujets qui seront abordés le 25 novembre à 20h00, à l’occasion d’une soirée théâtre-débat dédiée à cette thématique.

Théâtre, repérage et débat : rendez-vous le 25 novembre à 20h00, une soirée pour réfléchir ensemble

Soirée théâtre-débat « Repérer et accompagner les victimes de violences conjugales »
Un événement organisé par la CPTS TMN, en partenariat avec l’URPS et d’autres CPTS.

Pour sensibiliser autrement, une pièce de théâtre mettra en scène des situations du quotidien : des gestes anodins, des mots qui blessent, des signes discrets mais alarmants.
À l’issue de la représentation, un échange avec des experts permettra de débattre autour des questions du repérage, de l’orientation, du signalement, du secret professionnel et de la responsabilité des acteurs de santé.

Sources :

Ministère de la Santé – Lutter contre les violences conjugales

Guide sur la levée du secret médical (2024)

Interview Dr Amélie Carpentier – Hospimedia

Outils et dispositifs d’accueil – Hospimedia

Infirmiers.com – Prélèvement sans dépôt de plainte